Au village, rue Foch, on aperçoit depuis quelques semaines un atelier galerie un peu particulier. Derrière la baie vitrée, se dessine la fine silhouette de Carine Lourme, penchée et concentrée sur son métier à broder. Son geste délicat interpelle et incite à pousser la porte. Au fond, on distingue un atelier où perce la lumière. Autour d’elle, des vêtements mais aussi des accessoires, de la décoration, des tableaux et même des boules de pétanque en tissu… “Je voulais montrer dans cet espace que la broderie ne se limite pas à la haute couture. Mon objectif est de faire découvrir toutes les possibilités qu’offre cette technique et de montrer qu’elle peut s’intégrer à de nombreux univers créatifs”, explique rapidement l’experte. Carine sait de quoi elle parle, elle qui détient le prestigieux titre de Meilleur Ouvrier de France en broderie haute couture et qui a travaillé de nombreuses années dans ce domaine. Retour sur un parcours guidé par le travail, la passion, ainsi qu’ une profonde envie de transmettre.
Carine, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est précisément la broderie ?
Pour moi, la broderie est une manière d’enrichir un support textile, de lui apporter du relief, de la matière et une identité. Les possibilités sont infinies : on peut travailler des matières très nobles comme des matériaux plus simples, sur des vêtements comme sur des objets décoratifs. Dans mon atelier, je présente aussi des échantillons et des créations afin de susciter des idées et des envies chez les visiteurs.
D’où vous vient cette passion pour ce savoir-faire ?
Je me suis passionnée très jeune pour la mode et les grands couturiers, notamment Jean Paul Gaultier. Après des études de stylisme et modélisme à ESMOD Paris, je me suis rapidement tournée vers la broderie. J’étais très attirée par les créations riches, colorées et très travaillées. C’était presque une évidence.
Quel parcours professionnel avez-vous mené par la suite ?,
Suite à mes études, j’ai intégré la prestigieuse Maison Lesage, où j’ai appris le métier de dessinatrice de broderie, un savoir-faire extrêmement rare qui s’apprend essentiellement au sein des ateliers. Dans le milieu de la haute couture, il s’agit de traduire les motifs conçus pour les couturiers en indications techniques destinées aux brodeuses. Chaque élément est ensuite brodé séparément à plat au métier avant d’être assemblé en vêtement final. C’est un travail de précision où chaque détail compte et où l’erreur est rarement permise, ce fut une véritable école de la rigueur ! Par la suite, j’ai exploré d’autres domaines, toujours dans cet univers. J’ai créé avec une associée une entreprise spécialisée dans la robe de mariée sur mesure. Puis avec la crise de 2009, j’ai rejoint la maison Cadolle, spécialisée dans la lingerie et la corseterie historique. Cette expérience m’a permis de découvrir un autre univers artisanal, très technique et confidentiel. J’ai ensuite travaillé pour plusieurs grandes maisons parisiennes avant d’intégrer l’atelier Montex, autre référence majeure de la broderie de luxe, qui travaille avec les plus grandes maisons comme Chanel. J’y suis restée plus de quatorze ans et j’ai évolué jusqu’au poste de directrice de production et coordinatrice de projets, avec un rôle davantage tourné vers l’organisation et la gestion des créations.
Quand avez-vous décroché le titre de Meilleur Ouvrier de France ?
C’était en 2011, j’ai décidé de passer le concours des Meilleurs Ouvriers de France en broderie haute couture. Ce projet m’a redonné confiance et m’a reconnectée au geste artisanal. Pour relever ce défi, j’ai réalisé une œuvre nécessitant environ 800 heures de travail ! Une expérience extrêmement exigeante mais aussi très fondatrice pour la suite de mon parcours.
Comment êtes-vous arrivée dans le Sud ?
Je suis venue sur la Côte d’Azur par amour. Je suis passée avec bonheur d’une vie parisienne et trépidante à cette jolie bulle de sérénité, sous le soleil. Mais j’avais des interrogations sur le plan professionnel. Sachant qu’il y a peu d’opportunités dans mon domaine ici, je pensais me reconvertir, aller vers autre chose, comme l’univers du parfum qui me passionne également. Mais des rencontres et projets avec la délégation Alpes-Maritimes des Meilleurs Ouvriers de France, notamment une participation à l’Exposition universelle d’Osaka ainsi qu’à un gala organisé à Monaco, m’ont progressivement ramenée vers la broderie et donné envie de transmettre davantage mon métier.
Pourquoi Mougins ? Qu’y avez-vous trouvé ?
Parce que c’est mon nouveau chez moi, j’habite dans le vieux village ! En m’intéressant aux projets de la municipalité, j’ai découvert qu’il y avait une volonté d’accueillir davantage d’artisans d’art. L’idée d’ouvrir un espace à la fois atelier et galerie à germé et j’ai eu l’opportunité d’obtenir ce local, qui est le parfait écrin pour moi ! Tout s’est aligné. Le métier de brodeur reste méconnu et suscite énormément de curiosité. En travaillant devant les visiteurs, en expliquant les techniques et en répondant à leurs questions, j’ai découvert combien ce rôle de passeuse de savoir-faire était important pour moi. J’espère ainsi éveiller des vocations, transmettre une culture artisanale rare. En parallèle, j’aspire à travailler aussi bien avec des particuliers qu’avec des professionnels du luxe, des couturiers ou des établissements haut de gamme, autour de commandes de créations personnalisées et de collaborations sur mesure. Les projets ne manquent pas !
Pour la découvrir :
https://www.instagram.com/carinelourme/

